Les Organisations de la Société Civile (OSC) et les Organisations de Producteurs (OP) du Cameroun expriment leurs vives inquiétudes face à l’émergence du ‘’chocolat’’ de synthèse produit par culture cellulaire et par intelligence artificielle. Soutenue par des investissements majeurs de multinationales et de programmes européens, cette technologie est présentée comme une alternative écologique à la déforestation.
Cependant, les acteurs de la filière rappellent que le cacao soutient plus de 600 000 ménages au Cameroun, représente environ 3 % du PIB et est la deuxième source de devises du pays. Remplacer le cacao naturel par des substituts industriels brevetés entraînerait :
· Le risque de précarisation extrême de centaines de milliers de familles rurales et l’accentuation de l’exode rural ;
· La résurgence de la déscolarisation et du travail des enfants dans les bassins agricoles ;
· L’affaiblissement de l’économie nationale par la baisse des devises issues de la commercialisation du cacao ;
· Le mépris des efforts majeurs déjà déployés par les producteurs locaux pour un cacao agroforestier, traçable et zéro déforestation, conforme aux exigences du RDUE.
Célestin Tina Biyo’o, Coordonnateur adjoint et responsable des programmes à CODED Cameroun a déclaré :
Il est clair que nous militons tous pour l’avènement, au niveau mondial, d’un cacao sans déforestation. Ce n’est pas pour autant que l’on devrait se ruer, sans réelle réflexion nourrie, vers tout type de solutions. Nous sommes pour des solutions qui respectent les piliers du développement durable. Or, en l’état, le chocolat de synthèse présenté comme une solution écologique n’en est pas une pour nous, car nous craignons qu’il vienne créer de nouveaux problèmes dans les pays producteurs de cacao, notamment au Cameroun où les petits producteurs vivent déjà dans la misère malgré les énormes quantités de cacao qu’ils produisent.
Les signataires appellent notamment entre autres à :
1. Réaliser des études scientifiques indépendantes et à long terme sur les impacts sociaux, environnementaux et sanitaire du ‘’chocolat’’ de synthèse.
2. Réorienter les financements vers l’agroforesterie cacaoyère et garantir des prix justes aux petits producteurs.
3. Imposer un étiquetage strict « produit de synthèse » sur ces nouveaux produits.
4. Mettre en place un comité national de veille pour défendre le cacao naturel camerounais.